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Je
me remets de mes émotions. Le 25 novembre à 6h 51 mn et 37 secondes (je le
sais car ma montre s'est arrêtée), j'ai cassé la voiture de la société. Seul
mon siège vit encore, tout le reste est "DESTROYED" ! Un refus de
priorité, une Audi A3 arrive, je ne l’ai pas vue. Elle me pulvérise et m'a
envoyé ramasser de l’herbe dans le fossé 60 m plus loin. Moi ? Je suis passé par la petite porte comme on dit.
J’entends
encore au moment où je suis en train d'écrire ces mots le bruit de la tôle
froissée, où tu n'as même pas le
temps d'entendre un choc. Juste un bruit de tôle qui broie tout sur son
passage. Le siège passager se retrouve tordu, la camionnette vole, se fait pousser comme si un char d'assaut arrivait d'un seul coup sur toi. Tu ne peux rien faire, tu ne l'as même pas vu, tu ne l'entends pas, mais tout à coup tu sais qu'il est là sur toi ,autour de toi. Tout se passe tellement vite, tu ne réalises pas. Tu cries : "Seigneur" Tu sens que ta vie est là, mais peut être que dans un instant, elle ne sera plus là, tu cries car tu veux de l'aide, tu cries, tu ne sais pas pourquoi juste qu'en criant tu appelleras au secours. Puis
c'est la fin, tu es immobilisé dans ta voiture, les phares, les bruits de
verre, les gens ont peur, ils ne savent pas ce qui se passe, si la vie se tient
encore dans cette voiture ou si elle est partie. Toi, tu es là, au milieu, tu es conscient, tes doigts peuvent bouger, tes pieds également, tu as mal dans ta colonne, le bassin, les omoplates, le cou, mais tu es en vie. L'idée, les souvenirs de la Formation Premiers Secours, viennent à toi. Tu mesures les risques, le feu possible, le sur-accident. Tu
défais ta ceinture, ouvres la porte et t'extirpes de la voiture avec les forces
que tu as. Tu fais quelque pas, puis tu t'allonges dans l'herbe fraîche où la
rosée est déjà tombée. Il fait froid. Tu sais ce qu'il vient de se passer, tous les bruits sont encore dans ta tête. Tu vois des gens au bord de la route et les poids lourds qui passent juste à coté d'eux. Tu leurs dis avec tes petites forces de ne pas rester là. Les secours doivent venir. Tu prends ton téléphone puis tout à coup, tu ne sais plus ce qu'il faut faire, les numéros se mélangent dans ta tête, puis finalement tu tombes sur la bonne personne, et ils te disent qu'ils viennent d'être averti et ils arrivent. Encore un petit effort pour prévenir ton beau-père qui t'attend chez lui qui te répond :"Je viens". Tu as froid et tout ton corps tremble. Encore un coup de téléphone pour ton pasteur. Il prie pour toi encore dans un demi-sommeil, mais une paix vient sur toi. Elle n’a pas de nom. Tu trembles de tous tes membres. Quelqu'un s'arrête sur le bord de la route et laisse une couverture pour toi. Tu ne sais pas qui c'est, mais de tout ton cœur tu voudrais pouvoir lui dire merci. Il est déjà reparti. Tout à coup, un homme se penche vers toi, il t'aide à respirer en te dégageant la poitrine et il te dit : "Ne vous inquiétez pas, je suis pompier". Il est en civil et partait travailler. Une coïncidence l'a mis sur la route, dans la file de voiture, juste au bon moment. Il s'éloigne d'un pas ou deux et tout à coup tu te sens seul et tu as envie de lui dire : "Ne t'en vas pas, donne-moi la main". Tu as envie de pleurer, mais tu ne peux pas. Tu as froid. Puis quelques instants plus tard, tu sais que ton beau-père est maintenant près de toi. Il te serre dans ses bras et de sa bouche une prière d'amour : "Seigneur, pose Ta main sur lui et rétablis-le". Alors que ces mots étaient dit, tu peux sentir que quelque chose sortait de toi, tu ne peux pas l'expliquer, mais tu constates une chose, c'est qu'avant tu avais mal et au moment où ces mots sont dit, tu sens 80 % de la douleur te quitter. Les minutes passent très vite, les sirènes retentissent, les secours terrestres arrivent. Bientôt, ils sont autour de toi. Quelques instants plus tard, tu es emmené.
Juste avant, tu entends la personne que tu aimes, que tu chéris au téléphone pleurant de tout son corps. Et toi, tu luttes pour ne pas en faire autant et retiens tant bien que mal tes larmes.
Tu passes encore un dernier coup de téléphone pour prévenir tes parents, mais déjà tu sens l'ambulance balancer, la sirène crier, tu seras alors en route vers l'hôpital.
Sur place, on t'ausculte, on te passe des radios. Tu n'as rien de cassé. "Que vous est-il arrivé ?" Et tu leur raconte ton histoire dans chaque service. Diagnostic ? Quelques brûlures à l'ammoniaque et quelques contusions musculaires. Tu
t'en vas, sachant que ton ange gardien était à coté de toi. Pierre
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